Dans son entretien avec Arlette Chabot et PPDA, Nicolas Sarkozy s’est amusé à un petit jeu de mots « Quand on veut expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable ». Il y a dans cette phrase tout l’obscurantisme et l’anti-intellectualisme auxquels il nous avait habitué, le refus de toute explication rationnelle pour privilégier la peur et le sentiment de revanche.
Déjà en 2002 la droite gagnait sur le thème de la sécurité, promettant qu’elle allait rétablir l’ordre et l’autorité de l’état. Le bilan est bien connu, augmentation des violences faites aux personnes, émeutes de 2005, émeutes de la Gare du Nord provoquées par une simple arrestation et maintenant les premiers coups de fusils contre la police. Sur cet échec flagrant de sa politique Sarkozy n’a rien à dire, pas une seconde il n’accepte de s’interroger sur pourquoi nous en somme arrivé à une telle situation. Il n’y a pour lui que de l’inexplicable, que des dealers à punir. Refuser toute explication et taper, n’est ce pas ce qu’on appelle frapper comme un sourd ?
Les propositions qu’il avance montrent néanmoins comment il s’explique cette violence, lors du même entretien Sarkozy avance ses solutions dans cet ordre : immigration choisie, consignes sécuritaires données aux policiers et enfin aider ceux qu’ils veulent réussir. En commençant ainsi par le thème de l’immigration puis celui de la fermeté, Sarkozy reprend la perspective classique de la droite, et même de l’extrême droite, la cause de la violence c’est l’immigration non contrôlé et le laxisme de l’Etat.
Face à cela la gauche doit trouver une réponse adaptée à sa culture, comprendre les mécanismes sociaux qui créent la violence et l’exclusion et chercher à transformer la société pour lutter contre ces mécanismes. Si le problème ne consiste pas dans une réponse sécuritaire, c’est bien que fondamentalement un citoyen ne se soumet pas à la police simplement parce qu’il aurait peur de la sanction. Si c’était le cas il suffirait qu’un policier tourne le dos pour que se produisent crimes et délits en masse, et à moins de mettre un policier à toutes les rues, la vie en société serait impossible. Si malgré quelques infractions de ci de là, la majorité des citoyens respectent l’ordre c’est bien qu’ils le considèrent comme légitime. Cette légitimité a malheureusement disparue dans certains quartiers. Bien sur, ceux qui tirent sur les policiers ne sont qu’une minorité, mais on ne pourrait nier que la haine de la police et la violence se soient répandues dans une proportion beaucoup trop forte dans ces quartiers. Ceci montre bien que ce n’est pas une minorité isolée dont l’origine serait inexplicable qui crée ce climat mais bien que nous avons un système social qui le produit.
Quand dans un même quartier une majorité des jeunes sont au chômage, quand ils sont exclus très tôt du système scolaire et qu’à cela s’ajoute le stigmate du jeune de banlieue d’origine étrangère, il y a là tout pour créer une contre-société qui vit du marché de la drogue et qui n’a qu’une envie c’est d’affronter celle qui l’a exclut. Evidemment, personne n’excuse ceux qui ont tiré sur les policiers. Coupable de tentative de meurtre, ils seront accusés de crime et donc passible des assises, ce sera à là à la justice comme à la police de faire son travail, l’affirmer comme le fait Sarkozy ne sert strictement à rien, ne correspond à aucun engagement politique, c’est simplement une manière de montrer ses muscles. L’Etat ne peut évidemment plier le genou devant la violence, il doit bien sur affronter les trafiquants d’armes comme de drogues, mais s’il doit y avoir un engagement du politique, ce n’est pas celui de se substituer aux juges, c’est celui de transformer la société pour que cela n’arrive plus. La politique de la droite, en accentuant les inégalités, en favorisant la reproduction de ces inégalités, en se situant dans une démarche d’affrontement violent, en détruisant ainsi l’unité de la société, amène et amènera à une relégation toujours plus forte d’une partie de la société, et à un affrontement toujours plus violent.
Le problème qui se pose à la gauche est de savoir comment réunifier la société, comment permettre que tous ses membres s’en sentent effectivement membres, qu’ils considèrent que les policiers sont bien là pour les protéger et non pour les affronter, qu’avoir un emploi leur est accessible, que l’école n’est pas une simple machine pour les exclure et les stigmatiser. Loin donc d’une démarche répressive, c’est bien toute une politique de transformation sociale que la gauche doit ré-inventer. Et comme on ne peut véritablement transformer que ce qu’on arrive parfaitement à expliquer, il faudra bien expliquer l’inexcusable.
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