Le triomphe de Silvio Berlusconi en Italie démontre à qui ne voulait pas l’entendre que la gauche européenne est malade. Majoritairement dans l’opposition au sein de l’Union européenne, elle oscille entre attitude défensive, timidité et renoncement, même la ou elle est au pouvoir. Tout l’inverse d’une Amérique du Sud quasi intégralement rose-rouge aujourd’hui. Que de chemin parcouru depuis les années 1970 ou les opposants progressistes aux régimes autoritaires latino-américains venaient se réfugier chez leurs camarades européens. La victoire de Fernando Lugo au Paraguay est une excellente nouvelle pour la gauche mondiale, et quand on voit en action les Sarkozy, Blocher et autre Berlusconi en Europe on aurait presque envie d’aller se réfugier à notre tour en Amérique du Sud.
Il faut bien dire que la victoire de Fernando Lugo est celle de la démocratie : « plus jamais de dictature, plus jamais de corruption ». Tout d’abord contre le conservateur Parti Colorado qui a dominé seul la vie politique paraguayenne depuis 61 ans et qui fut l’unique parti autorisé de 1947 à 1962. Ensuite contre la dictature sanglante qui a perduré jusqu’en en 1989 au Paraguay et dont la droite coloradorienne en fut un soutien actif pour ensuite en entretenir les fantômes par la corruption, la peur et la bureaucratie. De fait, Lugo a fermé le livre des régimes autoritaires et dictatoriaux des années 1970-1980 qui sévissaient en Amérique du Sud. A noter que Lugo est un ancien « évêque rouge » néanmoins partisan de la séparation des pouvoirs religieux et politiques.
C’est ensuite un succès pour la justice sociale. Pour les pauvres et les déshérités extrêmement nombreux au Paraguay (40% de la population sous le seuil de pauvreté, 16% de chômage, 22% d’illettrés). Celui qu’on appelait « l’évêque des pauvres » a axé sa campagne sur le combat contre les inégalités sociales dans son pays et pour une nouvelle répartition des richesses. Pour les 300 000 paysans sans-terres sur le 6,7 millions d’habitants paraguayens et la minorité indienne Guaranis (2% de la population). Le nouveau président veut une profonde réforme agraire et veut accentuer le métissage de la population paraguayenne. En résumer c’est un formidable espoir pour « (…) ceux qui ont le plus besoin d’aide et de protection. » comme l’ont dit des journalistes paraguayens.
L’ex-évêque fut violemment attaqué pendant toute la campagne sur sa similitude avec Morales ou Chavez. Même si il se situe dans la vague du basculement sud-américain à gauche, il revendique sa voie « pourquoi n’y aurait-il pas une voie intermédiaire ? (…) Le Paraguay doit suivre son propre chemin ». Idéologiquement proche de Lula , Lugo explicite ici la grande leçon qu’il faut tirer des succès sud-américains. C’est la diversité des modèles progressistes (qu’on peut parfois critiquer) mais l’unité sur certaines valeurs : approfondissement démocratique, métissage culturel, lutte contre les inégalités sociales, régulation et solidarisation de l’économie après la folie libérale des années 1990, qui a permis à la gauche de revenir au pouvoir à l’échelle d’un continent.
L’Amérique du Sud est le lieu où les pires formes de l’ultralibéralisme ont été appliquées, mais c’est aussi l’endroit où la gauche a été le recours face aux ravages d’une économie dérégulée et inégalitaire. Le camp du progrès sud-américain c’est ainsi la réduction de la pauvreté du plan « Faim Zéro » de Lula mais aussi les dérives populistes de Chavez. Ces différentes expériences nous rappelle ainsi ce que toute rénovation de la gauche ne doit pas oublier : la lutte contre les injustices sociales, l’espoir d’un monde meilleur, tout autant que la résistance aux dérives populistes qui outrepassent la démocratie. L’enjeu d’avenir pour la gauche sud-américaine sera de construire une « grande patrie latino-amérique intégrée, sans frontières, respectée » comme le dit Lugo.
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