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Bilan d’activité nationale - Intervention de Sandrine Bernard

novembre 3rd, 2007 | email this | digg it
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Published in Actualité nationale
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Chers camarades,  

Beaucoup d’entre vous se demandent quelle était l’opportunité de se rassembler pour ce 8e congrès du MJS! Que faisons-nous ensemble, nous méchants droitiers avec la bande de gauchiste qui dirige ce mouvement ? Pourquoi est-ce que 5 années de divergences parfois mouvementées aboutissent aujourd’hui à un texte unique ? Voilà le sens de mon intervention ! 

D’abord, parce que malgré ces différents qualificatifs zoologiques ou directionnels que nous pouvons nous attribuer régulièrement, nous sommes avant tout socialistes, nous sommes tous pour le progrès social ! Nous devons voir nos différentes sensibilités comme une richesse et non un obstacle. Ce pluralisme est indispensable à la santé de notre organisation. Il nous permet de confronter nos positions parfois et de nous rassembler quand le contexte y est propre.

Ensuite parce que nous nous devons aujourd’hui, collectivement, à notre famille politique. L’année que nous venons de vivre a été difficile, d’une part parce que nous avons perdu deux élections nationales majeures, et surtout parce que notre parti s’est trouvé sali, divisé, déstabilisé pendant cette campagne. Le MJS lui-même s’est vu contesté dans son autonomie ! Notre unité à un sens, elle doit nous permettre de nous reconstruire et de trouver ensemble les explications de ces défaites et d’en tirer les solutions.  

La gauche a besoin de nous pour se refonder. Le MJS doit prendre toute sa part à cette démarche et chacune de ses sensibilités doit y être associée. Personne ne peut préempter la rénovation. C’est aussi pourquoi il était important de se rassembler et de mettre en marche l’ensemble de ses composantes. Nous pouvons être les fers de lance de cette rénovation. Et l’une des tâches de ce mandat sera de définir ensemble quel est le rôle du PS, celui du MJS ? Qu’est-ce qu’être un responsable politique ? Qu’attend-on de nous ?

Notre responsabilité n’est pas simplement de donner un discours acceptable pour se faire entendre et être élu. Non ! Notre responsabilité est de reconstruire la gauche et de convaincre du bien-fondé de notre vision ! Elle est également l’inventer les conditions de notre communication, pas seulement celle qui nous permet d’être médiatisés, mais surtout celle qui nous donnera les moyens de suppléer à ces médias qui ne nous sont pas favorables, sur le terrain, sur Internet, en nous démultipliant, pour ne jamais être tributaires de groupes ou d’intérêts financiers, pour ne pas dépendre des forces de l’argent.

Trois grands chantiers doivent être ouverts :

         Le premier chantier est celui de nos pratiques politiques : en réformant les institutions (statut de l’élu, modes de désignation, équilibre des pouvoirs), mais surtout en changeant notre rapport au citoyen. Je parle du rôle de nos représentants, de l’intérêt de redonner un second souffle à la démocratie participative, et bien sûr je parle d’éthique, de cette carapace d’irréprochabilité que chacun d’entre nous doit se forger pour ne se consacrer qu’à l’intérêt général et recréer la confiance !

         Le second chantier est celui de notre projet, c’est-à-dire la ligne directrice qui unifiera l’ensemble de nos propositions et dont le message sera entendu ! Cessons de tenir des discours différents quand on est au pouvoir ou quand on ne l’est pas, cessons d’être concrets dans nos débats mais démagogues à l’extérieur, donnons nous l’ambition de ne dire tout simplement que ce que nous pouvons faire à court, moyen mais aussi à long terme, sans jamais se départir de notre objectif, de notre idéal ! Cessons pour cela d’abord entre nous les dialogues de sourds et les joutes lexicales.  

         Le troisième chantier est celui de notre ouverture, pas celle de Sarkozy qui allie racolage, clientélisme et démagogie ! Mais celle qui peut nous permettre de construire le grand front de gauche dont nous avons besoin pour reconquérir la crédibilité et la victoire. Nous devons créer de nouveaux liens avec les syndicats, les associations, la société civile et imposer la négociation comme méthode et préalable. Non pas investir leurs assemblées, mais bien construire des relations de dialogue, d’écoute et d’échange afin de creuser au maximum chacun des problèmes, de découvrir de nouvelles idées et de confronter les nôtres.

Je parle beaucoup de crédibilité. En effet, nous devons montrer à nos aînés que nous pouvons dépasser les vieux clivages, pour aboutir à des compromis, susciter la plus grande adhésion : C’est la méthode adoptée dans ce congrès.  

Les dernières semaines, de préparation de ce congrès, nous ont montré que nous pouvions le faire. Notamment au cours du CN de synthèse, nous avons cherché à obtenir des consensus tout à fait constructifs et acceptables sur un certain nombre de points, dépassants des années de joutes verbales : c’est le cas du paragraphe sur la prostitution qui a donné lieu à un vote unanime après d’âpres débats.

Alors, Oui, nous nous sommes mis d’accord sur ce texte. Est-ce à dire que nous aurions tout soudainement les mêmes idées, pas du tout ! Certaines divergences persistent sur lesquelles nous devons encore évoluer ou clarifier. 

Notre analyse économique par exemple. Devons nous toujours précéder nos propositions de constats dithyrambiques et d’analyses dramatisantes ? Ne devons-nous pas être plus rigoureux dans l’utilisation des concepts ?

Ou encore la division de la société en camps. Nous ne sommes pas le parti d’un camp mais bien celui de la justice sociale. Et si effectivement ceux que nous défendons en premier lieu sont bien souvent les plus faibles, en aucun cas notre projet, notre vision ne peuvent s’adresser qu’à eux ! Notre ambition est-elle réellement d’opposer la société en clans ennemis ? Nous devons au contraire convaincre de cette vision, de justice, d’égalité réelle, de redistribution et faire partager ces points de vue au plus grand nombre.

La bataille culturelle également : Vous en faites un étendard ! Mais qu’y a-t-il derrière ? Aucun intérêt si chacun a sa bataille culturelle. Notre rôle est de nous battre contre toute forme de démagogie. Pour ne pas en être une, cette bataille culturelle ne doit pas être qu’un nouveau slogan destiné à imposer une conception contre toutes les autres, elle doit être encadrée et suscitée l’adhésion.  

Tout ceci peut être dépassé et nous montre que cette bataille des termes n’est pas le plus important. J’entends dire que nous serions tous devenus socio-démocrates ! Pour autant, mettons-nous le même contenu derrière le mot ? Ce qui compte et ce qui nous a convaincu d’accepter de signer ce texte, qui n’est point parfait, c’est que nous avons, au MJS, choisi d’assumer le réformisme comme méthode. Notre ambition est importante : cesser de faire croire qu’être réformiste serait un renoncement ou un manque d’ambition.

Oui le réformisme est une méthode : celle du pragmatisme et du consensualisme, elle nous impose de consulter et de négocier avant d’aboutir à une quelconque prise de position. Elle s’appuie sur le pluralisme pour en extraire la vision la plus complète et réaliste possible de chaque dossier, sur le réel pour aller à l’idéal !

Pour appuyer mes propos, je vais prendre quelques exemples :

L’Europe, sujet essentiel sur lequel nous devons dépasser nos divergences ! Notre génération a une opportunité extraordinaire à saisir sur ce thème. Quand, dans quelques jours, nos députés auront mangé leur petit chapeau et adopté le mini-traité européen, il nous reviendra à nous de tout mettre en œuvre pour tourner la page du TCE et rétablir le cap du Traité social. Il nous reviendra de rassembler la famille socialiste française puis européenne en déterminant quelle sera notre vision pour l’Europe sociale et politique. Nous devrons écouter, rassembler, faire acte de pédagogie, de conviction devant le peuple pour lui faire partager cette vision et rompre avec sa crainte des institutions européennes. Voilà l’œuvre de notre génération, voilà nos objectifs communs ! Le camp d’été d’Ecosy qui aura lieu cet été en France pourra être l’occasion de lancer cette dynamique avec nos partenaires européens. Nous pouvons porter à l’unisson cet objectif de Traité social pour mettre fin à l’Europe marchande. Et toutes nos futures batailles européennes seront alors subordonnées à cet horizon indépassable !!! 

L’allocation autonomie. La proposition que nous portons au MJS depuis des années est issue d’un compromis de l’UNEF entre certaines de ses sensibilités au Congrès de Clermont. La version allocation d’étude pour tout confrontée à celle exigeant une prise en compte des situations individuelle est devenue l’allocation d’autonomie individualisée pour tous. Nous ne pouvons nous satisfaire de ce compromis vieux de dix ans. Nous devons nous donner dans ce mandat l’objectif de rafraîchir cette proposition, d’en faire un thème identitaire à la jeunesse. Pour cela nous pouvons appliquer la méthode : dépasser les clivages, aller au-devant de la jeunesse pour écouter ses besoins, analyser les moyens de garantir son autonomie quelle que soit son statut, son activité, ses difficultés, consulter les syndicats étudiants, els associations… Et faisons une véritable campagne sur ce thème. Je suis au MJS depuis 1996, je ne crois pas que nous ayions déjà fait un tract sur ce point. Alors faisons en un thème identitaire de la jeunesse, qu’elle soit scandée dans les prochaines manifestations CPE, qu’elles soient acclamées dans les prochains Charléty. Mais surtout allons y avec modestie et responsabilité pour travailler à sa crédibilité et à sa faisabilité ! Tenons compte des différentes analyses auxquelles elle a conduite et dépassons intellectuellement cette situation.

Je pourrais encore citer de nombreux exemples, mais je vais m’arrêter là. Ce congrès est destiné à créer les conditions d’une refondation profonde de la Gauche, et surtout du MJS, de notre mouvement. Ce n’est pas un aboutissement, même si le titre évocateur de ce texte nous fait surtout penser à la fin d’un mauvais cycle enclenché à Lamoura ! C’est le point de départ de nombreux débats décrispés, et d’une construction nouvelle, avec pour objectif commun la défense de l’intérêt général. Et pour cela nous avons voulu prouver que nous pouvions nous rassembler quand la gauche en avait besoin, que nous n’étions pas obligés de nous confronter camps contre camps !!!

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